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  • Emilie Marie

Holacratie: un outil de management pour des organisations vivantes

Dernière mise à jour : mai 25

« Les entreprises ont une personnalité morale ». Cette proposition rappellera à certains leurs vieux cours à l'université, à d’autres leur quotidien d’entrepreneur. Si tant est qu’il faille une preuve la voici : toutes les entreprises ont un SIRET, un numéro qui les identifie au yeux de la société, de même que nous, humains, avons un numéro de carte d’identité.


Imaginons maintenant, je vous propose une expérience de pensée, que les entreprises ne soient pas que des personnes morales existantes sur un plan juridique mais aussi des êtres vivants existants sur un autre plan. Imaginez que la boulangerie où vous achetez votre croissant préféré existe au delà du boulanger qui la représente. Elle pourrait avoir, toujours sur cet autre plan, une consistance plus ou moins dense , une couleur plus ou moins vive, une contribution qu'elle serait venue apporter au monde: " Rendre les humains heureux en leur offrant les meilleurs croissants du monde" par exemple. Ceci dit, comme elle est un être immatériel, elle serait obligée de passer par des humains pour incarner ce projet dans la matière. Sans quoi sa contribution resterait évanescente dans l'univers, invisible pour les humains.


Cette manière de considérer les organisations, comme des êtres vivants immatériels dotées de leur propre raison d'être, quelques entreprises dans le monde (dont La Ferme d'Alcas fait partie) ont fait le choix d'y adhérer en adoptant Holacratie. "Créée" (ou plutôt incarnée...) par un entrepreneur américain, Holacratie est un outil de management fondé sur l'adoption et l’utilisation d'une constitution en lieu et place des règles floues et informelles qui caractérisent généralement le fonctionnement des organisations. Comme le raconte souvent Bernard Marie Chiquet, pionner de l'Holacratie en France et fondateur de l'institut IGI, lors de ses formations : "A l'époque où j'étais manager dans de très grandes entreprises, il me fallait 2 ans pour comprendre comment ça fonctionnait...."


A la Ferme d'Alcas, nous avons fait le choix d'adopter Holacratie pour plusieurs raisons. A titre personnel, j'avais été séduite par cet outil que j'avais testé quelques années plus tôt, lors d'une journée de découverte. Ce qui m'avait marqué alors, c'était l'efficacité que cet outil apportait lors des réunions et la découverte du processus d'élection sans candidat. Je me rappelle en effet le "chaud au cœur" que j'avais ressenti lorsque j'avais entendu, de la bouche de mes collègues, les raisons pour lesquelles ils m'avaient choisi pour assurer un rôle dans notre association de l’époque. Plus récemment, suite à mon installation sur la Ferme d’Alcas, nous avons été confrontés avec mon associé (qui se trouve être aussi mon mari) à des tensions dont on arrivait plus à démêler si elles venaient du travail / du couple/ de l'un / de l'autre / de deux etc. Instinctivement, j'ai senti qu'Holacratie pouvait nous aider et nous l'avons adopté.


En quelques mois, j'ai observé que le premier pas que la pratique d'Holacratie nous a permis de franchir, c'est celui de "décoller" la ferme de mon mari. J'aime à raconter cette anecdote, tellement révélatrice : lorsque j'ai demandé à mon mari ce que je pouvais lui souhaiter pour 2021, il m'a répondu "Que la ferme roule" Je lui ai fait remarquer que je lui avais demandé ce que je pouvais LUI souhaiter et il m'a alors fait cette réponse splendide: "La ferme et moi, c'est pareil". Cette petite phrase, c'est le "drame" de toutes les structures familiales où l'entreprise est généralement confondue avec les humains qui la composent ou plutôt, avec l'humain qui l’a "créée". Et c'est bien là, dans cette fusion, que se situe le cœur du problème et la source de nombreuses tensions : comment des associés peuvent ils trouver leur place dans une organisation si l'un d'entre eux se ressent lui même être l'entreprise ?


Le deuxième pas qu'Holacratie nous a permis de franchir, c'est celui de nous différencier en tant qu'associés en permettant à chacun de trouver des espaces de responsabilités bien délimités. Parce que nous sommes un couple, nous avions peut être encore plus tendance à rechercher l’approbation de l'autre avant de prendre une décision. Parfois même de manière inconsciente. Il m’a fallu du temps pour me rendre compte que je ne me sentais pas libre d’agir dans mon travail et que j’avais l’impression que je devais rendre des comptes à mon associé. Je dis bien « l’impression » car en réalité, mon associé n’attendait pas que je lui en rende. C’est moi qui projetais cette attente sur lui du fait que la structure de notre organisation, dans laquelle les attendus de chaque rôle n’étaient pas suffisamment clairs et explicites, ne me permettait pas d’être autonome dans mes décisions.


En quelques mois, j’ai pu observer que la pratique d’Holacratie a considérablement modifié mon comportement dans le travail. Sans même que j’ai eu à faire d’efforts, j’ai gagné en autonomie et surtout en « certitude d’être légitime » à faire ce que je fais. Stoppant net la tendance que j’avais à rechercher une validation de la part de mon associé et/ou à le tenir informé de tout ce que je faisais. Aujourd’hui, je prends des initiatives seule, sans forcément lui dire ce que je vais le faire et/ou le tenir informé des résultats. Et pour moi c’est une révolution. Un pas de géant vers l’autonomie et la souveraineté que nous avons tous, au fond de nous.


Ce que j'ai compris, grâce à Holacratie, c'est que « on décide » ça n'existe pas. Pour la simple raison que « on » n'existe pas. Avez vous déjà vu « on » porter un chapeau ou faire ses courses ? « On » est un ensemble de « je » distincts les uns des autres et croire que « on « peut décider c’est une utopie. Une quête que je qualifierai même de dangereuse car elle va à l‘encontre du mouvement propre au vivant, qui part d’une fusion pour aller vers toujours plus de différenciation.




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