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  • Emilie Marie

Holacratie : un puissant outil de sécurité relationnelle




En écoutant une émission sur les phénomènes de foule, j’ai appris une chose incroyable. Saviez vous que les chercheurs, lorsqu'ils tentent de modéliser les comportements de foule, ne le font pas à travers des modèles sociologiques, comme on pourrait s'y attendre, mais à travers des modèles ... de physique des fluides !? Autrement dit : saviez vous que les foules ne sont pas considérées par les chercheurs comme des objets solides mais comme des objets liquides ?


Cette découverte m'a frappé à plusieurs égards. Tout d'abord, un lien direct m'est venu avec le liquide amniotique qui entoure l'être humain alors qu'il n'est encore qu'un embryon dans le ventre de sa mère, faisant un avec elle. Comme si, dès lors où les humains se retrouvaient dans une foule, il y avait une sorte de régression qui les ramenait à un état indifférencié. La deuxième chose qui m'a frappée, c'est que cet état indifférencié puisse se revivre au cours de la vie alors même que l'on est, par nature, différenciés les uns des autres. Comme s’il existait une limite, un seuil, à partir duquel les humains sont "capables" de basculer d'un état à l'autre; cette limite ayant été fixée par les chercheurs à 4 personnes par mètre carré.


Pourquoi 4 personnes ? Car c’est le nombre à partir duquel les corps vont commencer à se toucher et où les mouvements d'une personne vont nécessairement être ressentis par les autres. A ce niveau de densité, les corps ne font plus qu'un et de la même manière qu'on ne peut pas différencier les vagues de l'océan, les corps individuels deviennent alors un corps global étudiable en tant que tel. A partir de ce seuil, la besoin d'espace vital va apparaitre avec son corolaire immédiat: la sensation qu'il n'est pas respecté. Or qu’observe t'on lorsque l'espace vital d'un être vivant, au premier rang duquel les êtres humains, n'est pas respecté ? De la violence. Comme si en perdant conscience des limites de leur corps, les êtres humains perdaient la sécurité que cette limite emmène. Limites physiques dans ce cas, mais ne peut on pas imaginer qu’il en est de même pour les limites psychiques?


Nos cerveaux étant physiquement séparés par des boîtes crâniennes distinctes (hormis certains siamois mais là n'est pas mon propos) il est difficile, à priori, d'imaginer qu’ils puissent être "collés" et pourtant : que ce passe t’il lorsque quelqu’un cherche à calquer son point de vue sur celui des autres ? Lorsque quelqu’un, ne se sentant pas libre de penser par lui même par peur du jugement des autres, va adhérer à leur point de vue ? N’y a t’il pas alors une sorte de « fusion » des cerveaux ? De "masse globale liquide" de la pensée ? Ou sont alors les limites psychiques des uns et des autres ? Tout le monde a déjà vécu, j'imagine, une foire d’empoigne lors d’une réunion de famille ou de travail. Ce genre de moments où personne ne s’écoute, ou les réactions fusent dans tous les sens avec leur lot de contre réaction etc. On en ressort généralement épuisé et profondément frustré de ne pas avoir été entendu. Autrement dit : de ne pas avoir été respecté dans notre intégrité psychique.


Lorsque je me suis formée à la médiation, un de nos formateurs nous a dit un jour : "Lorsque les gens sont en conflit, ils croient qu'ils sont séparés mais en fait ils fusionnent. Et le rôle du médiateur est bien de les séparer pour redonner à chacun un sentiment d'existence ". Cette phrase n'a cessé de m'accompagner par la suite, tant je la trouve pertinente, et c'est ce qui se joue à mon sens dans la plupart des tensions relationnelles: dès lors où la souveraineté de chacun n'est pas pleinement respectée, la violence apparait. Et c’est là où le processus d'Holacratie est très puissant : en obligeant les personnes à clarifier avant de réagir (donc à accueillir une idée avant de la commenter) et surtout, en n'obligeant pas le proposeur à prendre en compte les réactions qu'il a entendues (donc en lui permettant de rester souverain dans son choix) il apporte une immense sécurité à la personne qui emmène une proposition. Et parce que la sécurité est là, alors il est possible d'écouter ce que l'autre en dit et, si c'est pertinent, de prendre en compte son avis.


La sécurité ne se décrète pas : c'est un état qui se construit, s'entretient et requière une grande vigilance. Holacratie est un outil qui y contribue, cela vaut le coup de le saluer.




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